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L’Euro condamné à mort par ceux qui prétendent le sauver

Ecrit le 07 juin 2011 par Georges Pébereau

Le sauvetage des pays européens en cessation de paiement devrait, pour l’essentiel, être assumé par leurs créanciers.

C’est une évidence de droit commun : quand on prête de l’argent, on s’assure de la solvabilité de l’emprunteur et, en cas de défaillance de celui-ci, on se retourne contre lui.

Le sauvetage, opéré par Bruxelles, de la Grèce, de l’Irlande et demain du Portugal, sont un cadeau fait aux banques et aux autres prêteurs, notamment aux spéculateurs ; c’est un dommage injuste et déraisonnable, qu’on fait subir aux contribuables européens.

La Grèce est un cas d’école de l’absurdité du plan de sauvetage mis en place par l’Union Européenne, le FMI et la Banque Européenne, qui est totalement contre productif : la Grèce n’a pas besoin de prêts supplémentaires, elle a, au contraire, un besoin vital de se désendetter et, pour cela, elle doit restructurer sa dette et donc mener avec ses créanciers une négociation type « Chapter Eleven » en vue d’obtenir soit un allongement de la durée des prêts, soit une réduction de leurs taux, soit une diminution de leurs montants, soit les trois à la fois.

Les pays européens ne devraient intervenir de façon marginale, en quelque sorte, comme catalyseurs facilitant l’aboutissement des négociations ; ils pourraient intervenir également, dans un cadre national, pour soutenir certaines de leurs banques, si la restructuration de la dette grecque créait, pour celles-ci, des difficultés insurmontables, ce qui n’est d’ailleurs pas le cas pour la France.

Par son plan de sauvetage, l’Europe tue la Grèce, en imposant, en contrepartie de ses prêts, des mesures d’austérité drastiques qui sont insupportables pour la population ; d’où des grèves et des manifestations et des déséquilibres politiques, qui ne peuvent que dégénérer, car on aggrave le mal au lieu de le soigner.

Si j’étais un citoyen portugais, je voterais sans hésiter pour un candidat et un parti qui s’engagerait à refuser l’aide de la troïka ; mais l’intox est telle que je ne sais s’il existe un tel parti, un tel candidat.

Un autre contresens, que je ne m’explique pas : l’attitude de Jean-Claude Trichet : la Banque Européenne, non contente de participer à ces prêts mortifères, ouvre toutes grandes les vannes pour racheter les prêts « toxiques » consentis par les banques à des pays en difficultés.

Cette innovante initiative, dont je ne suis pas sûr qu’elle soit conforme au rôle de la banque, a eu pour effet indirect de provoquer le désistement du Président de la Bundesbank, qui était le successeur pressenti par le couple franco-allemand pour la succession de Jean-Claude Trichet et qui ne pouvait ou ne voulait cautionner un tel laxisme. Il serait d’ailleurs instructif que la banque publie les conséquences sur ses comptes de ces initiatives originales.

J’ai diné hier soir avec Hans Hubert Friedl, ancien vice président de la Bayerische Hypo Bank, qui est un observateur averti et compétent de la politique économique de la France et de son propre pays.

J’ai été surpris de trouver, dans sa bouche une analyse identique à la mienne de la situation européenne et des perspectives de l’euro. J’ai compris que la faiblesse d’Angela Merkel face au laxisme économique de Sarkozy était en fait la projection de sa situation en Allemagne, où elle est rejetée par les milieux économiques et lourdement critiquée dans la CDU elle-même.

Son seul succès, si on écoute les Allemands, est d’avoir réussi à éliminer dans la durée, dans son propre parti, toutes les personnalités qui pouvaient lui porter ombrage ou la concurrencer. On aurait pu attendre mieux d’une agrégée de physique en RDA, mais elle est, comme Nicolas Sarkozy, dépourvue de toute compétence dans le domaine de l’économie.

C’est à ses prédécesseurs que l’Allemagne doit sa prédominance économique en Europe.

Les conséquences de sa dernière décision concernant l’arrêt du nucléaire par l’Allemagne mériteraient d’être exploitées par la France à condition qu’elle se décide à mettre en place un management stable, durable et compétent à la tête d’Areva.

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One Response to “L’Euro condamné à mort par ceux qui prétendent le sauver”

  1. Patrick Abbou dit :

    Mais la question est quelle est la raison de tant d’incompétence alors que la situation est d’une simplicité biblique.

    La puissance du dogme fallacieux: il faut à tout prix sauver la Grèce est-elle la seule responsable?

    Ou plus simplement l’incompétence et/ou le manque de courage des dirigeants politiques mais surtout de leurs conseillers, occupés à protéger leur sinécure.

    Je crains que l’Union Européenne telle qu’elle a été construite, et telle qu’elle est gérée n’aboutisse exactement à l’opposé des objectifs de prospérité et de paix qui ont présidé à sa création.

    Mais un espoir cependant, Super Christine Lagarde va nous permettre la rédemption et « priez tous que Dieu nous veuille absouldre »…


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